
On se lance rarement dans un métier créatif par goût de la paperasse. L'administratif arrive derrière, souvent le jour où un client réclame une facture et où l'on réalise qu'on ignore ce qu'il faut écrire dessus. Voici les repères qui évitent de tout reprendre à zéro un an plus tard.
Deux régimes coexistent, et ils ne se concurrencent pas.
La micro-entreprise relève d'une logique de commande : quelqu'un te demande quelque chose, tu le réalises, tu le livres.
Le régime artiste-auteur répond à une autre logique : produire une œuvre et en céder l'exploitation. Il dépend d'un guichet distinct, la sécurité sociale des artistes-auteurs, avec des cotisations situées autour de 16,20 % du revenu artistique en 2026 et des taux de TVA qui lui sont propres : 10 % sur la cession de droits d'auteur, 5,5 % sur la vente d'œuvres originales par leur auteur.
Ce n'est pas une affaire de préférence : une œuvre cédée ne rentre pas dans le périmètre de la micro-entreprise, et intituler une ligne de facture « cession de droits » n'y change rien.
Camille peint des fresques murales commandées par des mairies. C'est une prestation : micro-entreprise. Elle vend aussi des sérigraphies signées et numérotées — là, elle est artiste-autrice. Elle cumule les deux régimes, chaque revenu déclaré de son côté.
Nora photographie des plats pour des restaurants et facture ses séances. Micro-entreprise, sans hésitation : tant qu'elle ne vend pas de tirages d'art, la question artiste-auteur ne se pose pas pour elle.
Pour un artiste-interprète — musicien, danseur, comédien —, la loi présume que celui qui te fait jouer est ton employeur, quelle que soit la qualification donnée au contrat. Émettre une facture depuis une micro-entreprise ne suffit pas, à elle seule, à écarter cette présomption : tes cachets passent par un contrat de travail.
Les plafonds. En micro-entreprise, le plafond 2026 s'établit à 83 600 €. Mais le seuil qui te rattrapera en premier est ailleurs : la franchise de TVA s'arrête à 37 500 €, avec une tolérance jusqu'à 41 250 € pour les services. L'artiste-auteur dispose de sa propre franchise (50 000 €, tolérance à 55 000 €) ; les deux ne s'additionnent pas.
Le devis et la facture. Le devis fixe le prix, mais surtout ce qui est livré, dans quel délai et pour quel usage — ce dernier point désamorce l'essentiel des désaccords. La facture porte ton nom suivi de la mention « EI », ton SIREN, un numéro qui suit une série sans trou, le détail de ce qui est vendu et l'échéance de paiement. En franchise, ajoute « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Chez les photographes, la cession d'usage revient sur presque chaque facture : si c'est ton cas, le guide du photographe auto-entrepreneur publié par FluxMicro traite ce point en détail.
Ta déclaration. Ce que tu déclares à l'Urssaf en micro-entreprise, c'est l'argent réellement entré sur la période : une facture impayée attendra son règlement pour être comptée.
Une assurance. La responsabilité civile professionnelle reste facultative, mais salles, mairies et entreprises réclament souvent l'attestation au moment de signer.
Rien de tout cela n'est compliqué pris séparément. Ce qui coûte cher, c'est de découvrir à la troisième commande qu'on facturait depuis le début dans le mauvais régime.